La caisse maladie publique : épisode 1

Oui à la caisse publique
Oui à la caisse publique

Pour faire simple dans ce débat passionné à propos de la caisse maladie publique soumise au vote du 28 septembre 2014 au peuple suisse, je vous fais un résumé en 2 lignes :

  1. si vous êtes pour le principe de la Lamal (assurance des soins sociale obligatoire pour tous, avec un catalogue identique pour toute la Suisse), votez Oui à la caisse publique ;
  2. si vous préférez que le système de santé continue d'être schizophrène et pas solidaire (concurrentiel mais pas trop quand même), votez Non à la caisse publique.

Oups, vous trouvez que je ne suis pas très objective ? Pas de souci, les arguments factuels pour et contre se trouvent plus bas dans cet article.

Mais c'te Caisse publique, c'est quoi au juste ?

Imaginez que vous allez à un festival de musique, genre Paléo. Vous payez votre billet d'entrée, vous consommez une saucisse-frites en écoutant de la musique. A ce festival un peu particulier, vous ne réglez pas l'addition directement au stand mais à une des 60 caisses éparpillées sur le festival. Chaque caisse est gérée par une entreprise privée différente qui n'a pas le droit de faire de bénéfice sur la nourriture que vous avez engloutie, mais elle peut vendre et se faire de l'argent sur des tasses, des t-shirts et autres gadgets.

Imaginez qu'un jour, les organisateurs du festival décident de reprendre la gestion du flux financier relatif à la nourriture et de remplacer les 60 caisses différentes par une seule caisse centralisée qui aurait bien sûr des sous-caisses disséminées sur l'ensemble du festival. Les 60 entreprises à qui on a amputé la gestion SANS BUT LUCRATIF de la nourriture ont la possibilité de continuer à vendre leurs babioles.

Mise à part cette centralisation, les responsables ne font aucun changement : la musique est de qualité, les festivaliers ont toujours la liberté de choisir leur stand de nourriture (chinois ou traditionnel), les enfants paient un billet d'entrée à prix réduit...

Cette parabole n'a pas l'ambition de retraduire avec exactitude notre système de santé suisse ni le texte de l'initiative pour une Caisse publique. Je veux juste illustrer le seul changement essentiel à comprendre sur le principe de la Caisse publique : le remplacement de 60 entreprises à but lucratif chargées d'une tâche à but non lucratif par une seule, créée par ceux-là même qui édictent le règlement interne du festival.

Pourquoi je vote Oui à la caisse publique

Marre de me faire tondre

Dans le principe de la Lamal, les primes doivent couvrir uniquement :

  1. les coûts de la santé du catalogue Lamal
  2. les frais administratifs y relatifs : salaires, loyers, équipement, publicité (!)

Les primes sont calculées sur des prévisions statistiques sur l'année à venir et devraient être corrigées à la baisse si les coûts effectifs s'avèrent moins hauts que prévu.

  • Sachant qu'entre 1996 et 2011, les Vaudois ont payé 600 millions en trop de primes par rapport au coût réel de la santé ;
  • sachant qu'on ne nous remboursera que la moitié après le tollé populaire sur ce scandale et la tenacité de notre conseiller d'Etat Pierre-Yves Maillard;
  • sachant que je ne trouve aucune information sur le sort de ces 600 mio pendant toutes ces années... j'ai comme une impression de quenelle épaulée.

Marre du refoulement des mauvais risques

Le refoulement des mauvais risques est interdit dans la Lamal car toute caisse est obligée d'accepter n'importe quel assuré.

Mais comme le montre la fascinante 'émission Temps présent Assurance maladie : des comptes à régler (à voir absolument !), et les nombreux témoignages que récoltent l'AVIVO ou la FRC, les assureurs rivalisent d'ingéniosité pour rendre la rampe de l'affiliation Lamal bien savonneuse...  oui, leur porte est ouverte à tous, mais faut-il encore arriver en haut de la pente...

Marre d'une pseudo-concurrence

Mes parents font partie des mauvais risques : retraités après toute une vie de dur labeur en usine, ils ont une santé bien entamée par la guerre, le travail physique et les enfants. Ils ont une franchise à 300CHF, ils attachent d'une parole divine tout ce qui tient un stéthoscope, et ils avalent des anti-douleurs et pilules comme des bonbons.

Après des décennies dans la même caisse maladie, je leur ai suggéré de prendre une moins chère pour l'assurance de base. Ils ont commencé par refuser car ils craignaient de perdre leur assurances complémentaires.

Combien de personnes sont dans le cas de mes parents, intrinsèquement fidèles et ayant peur d'un changement chez un nouvel assureur ? Combien sont ceux qui n'arrivent pas en raison de leur âge ou leur maladie à changer de caisse quand bien même ils le souhaitent ?

La réponse est en partie là : "En moyenne, 6 à 12% des assurés ont changé d’assurance-maladie par année entre 2010 et 2012.[...]" selon l'OFSP.

Une caisse maladie reçoit une somme de la part des autres caisses si elle contient des assurés plus coûteux que la moyenne cantonale, c'est la fameuse Compensation des risques censée éviter que les caisses savonnent trop la rampe de leur entrée principale.

Quand env. 90% des clients ne changent pas de fournisseur, peut-on encore parler de concurrence ?

Quand les caisses reçoivent des subsides par la Compensation des risques, peut-on encore parler de concurrence ?

Marre de changer d'assureur chaque année

Je fais partie des bons risques : je prends une franchise à 2500CHF, j'ai horreur des médecins et de tout ce qui porte une blouse blanche, je me méfie de tout médicament sauf si je suis à l'article de la mort.

Pour moi, devoir changer d'assureur maladie chaque automne est une corvée dont je me passerais bien : comparer sur priminfo (abstenez-vous d'aller chez comparis !), résilier ici, s'affilier là-bas, refaire les LSV ou les ordres permanents, recevoir de la pub ou des bons de rabais pour un ordinateur, chez la pharmacie untel ou pour un équipement x... beaucoup de paperasse et de superflu pour une assurance que je n'utilise jamais.

Bien sûr, personne ne m'oblige à changer de caisse chaque année. Mais comme entre 10 et 33% du budget familial de la classe moyenne est consacrée aux primes maladies (env. 900CHF/mois pour une famille avec 2 enfants), ça fait réfléchir sur le prix de la flemmardise...

Marre de la pub et du démarchage déguisé

Cet été, un costard-cravate a sonné à ma porte.

[LUI] : Bonjour madame, je m'appelle Nicolas Blanc (ou Henri Dunant, ou quelque chose du style), je viens vous parler des primes maladie payées en trop, je fais des relevés statistiques à ce propos. Vous savez quel est le montant de votre prime ?

[MOI] : euh non pas exactement, mais j'ai la moins chère.

[LUI] : Montrez-moi votre police, je vais vous dire tout de suite si c'est la moins chère ou pas.

[MOI] : non, mais je ne l'ai pas, je fais tout par internet, la police est en ligne.

[LUI] : pas de souci Madame, allez l'imprimer,  je vous attends.

[Moi, réalisant que mes données pouvaient être utilisées à mon insu] : non mais je ne vais pas vous la montrer. Et puis, vous travaillez pour qui déjà ?

[LUI] : Je travaille pour la Fedmalheuhmgml qui regroupe plusieurs assureurs maladie. Je peux vous assurer que je suis totalement indépendant, et je peux vous aider à économiser sur vos primes maladies. Quelles complémentaires vous avez ?

[MOI] : Aucune.

[LUI, réellement étonné] : Quoi ?! Mais Madame, il faut vous assurer ! Vous ne savez jamais ce qui peut vous arriver demain, et patati et patata...

[MOI] : mais si je prends une complémentaire, je vais me rajouter des frais que je n'ai pas là...

[LUI] : oui, mais je peux vous trouver une assurance moins chère pour la base !

[MOI, en refermant la porte] : non, merci-au-revoir ! ... Trop fort ces démarcheurs-statisticiens !

Analyse objective de la votation Caisse publique

Comme promis et pour récompenser les courageux lecteurs qui sont parvenus jusqu'ici,  voici une présentation qui se veut balancée et sans parti pris.

Faiblesses du système actuel avec 60 caisses maladie

  • Chasse aux bons risques
  • Pas de séparation comptable claire entre assurance de base sociale et assurance complémentaire
  • Concurrence n'a pas d'influence sur les primes
  • Trop de choix (caisse, franchise, modèle)
  • L'OFSP a pour but d'éviter la faillite d'une caisse, pas de vérifier que les primes sont bien en adéquation avec le coût réel de la santé
  • Contrôle des primes a posteriori en 2012 seulement (après qu'on a maillé un bon coup)
  • Pas de prévention santé par les caisses

Forces

  • Liberté de choix d'une caisse
  • Caisses jamais déficitaires grâce aux réserves, et à la hausse des primes
  • Recherche de l'efficacité de la part des caisses
  • Traque des abus (prestataires) et des sources de coûts (malades chroniques) par les caisses

Risques de la Caisse publique

  • Monstre étatique peu efficace
  • Aucune définition concrète du fonctionnement (y aura-t-il encore des franchises, des modèles alternatifs ?)
  • Coût de mise en place
  • Conflit d'intérêt (assurés, prestataires, Etat) lors la fixation des primes

Points positifs de la Caisse publique

  • Transparence sur l'utilisation des primes
  • Séparation nette base <> complémentaire
  • Fini la publicité !
  • Plus besoin de changer de caisse chaque année
  • Fini les obstacles d'affiliation pour les mauvais risques
  • Bon taux de solvabilité

Episode 2

Une petite mise en bouche pour la suite de cet article : il y aura un mort, de l'argent et du sexe. Quoique, du sexe peut-être pas... qu'est-ce qu'il ne faut pas écrire pour être lu ! 🙂

Sapin écologique

Sapin en pot de la Feuille Verte
Sapin en pot de la Feuille Verte

Gamin21 m'a demandé un sapin de Noël.

Pendant des années, une plante verte du salon plus ou moins consentante faisait l'affaire : on l'agrémentait de quelques boules argentées (toujours les mêmes depuis plus d'une décennie) et de quelques guirlandes de récupération.

Las. Décembre déjà bien entamé, il a fallu que cette demande innocente tombe du ciel pour que j'amorce mon habituel processus d'achat écolo-localo-bio.

Une publicité dans notre boîte aux lettres (quoi !? savent pas lire l'auto-collant Pas de pub ?!?) pour un éco-sapin (eeeh, tiens tiens, ça tombe à pic, ça m'intéresse...) m'indique qu'il y a peut-être des voies possibles pour un achat responsable. La pub parle d'un sapin vivant en pot qui est récupéré après les fêtes, une espèce de location de sapin pendant quelques semaines.

La location d'un vrai sapin me séduit beaucoup par son aspect pratique:

  1. le sapin est livré, puis remporté depuis chez soi sans qu'on ait à bouger plus que les 10 doigts pour passer commande sur internet ;
  2. il n'y a pas besoin de le stocker pendant 11 mois pour ne l'utiliser que 1 mois voire moins, à l'instar d'un sapin artificiel.

D'un point de vue écolo, il n'y a pas de déchet, et aucun arbre n'est abattu. Pas mal. D'un point de vue prix (autour de 100.-), ça me paraît raisonnable vu la livraison et récupération à domicile par deux charmants paysagistes bien musclés.

Sapin en pot décoré par Gamin21 et son petit frère
Sapin en pot décoré par Gamin21 et son petit frère

Quelques adresses

Les prix des sapins en pot sont assez similaires (compter un peu plus de 100.- pour un 150-200 cm).

  • La Feuille Verte : notre choix, rapide (commande passée mercredi 5, sapin en pot livré le vendredi 7), et tout près de chez nous (livraison sur la Côte vaudoise uniquement en 2012), mais pas de choix sur la taille généreuse (150-200cm).
  • L'ecosapin : après avoir constaté qu'ils ne livraient qu'une semaine après la date de commande, j'ai laissé tomber. Par contre, leur FAQ m'a permis de savoir comment entretenir mon sapin en pot, et ils livrent partout en Suisse des sapins de tailles diverses.
  • Sapins genevois : super local, bio, tailles très diverses, prix abordables et tournées de livraisons... le rêve si on est genevois ! Et le côté associatif de l'affaire est intéressant (mais leur site web est... comment dire... améliorable).

Je mentionne encore CHapin,  sapin coupé suisse livré à domicile. Je note l'adresse par pur altruisme pour mes lecteurs, car je n'aime pas trop l'idée de couper un arbre juste pour le plaisir de la déco et des yeux.

Epilogue

Après avoir prévenu Gamin21 que notre sapin pourrait être assez petit (cela aurait coûté moins cher et il aurait facilement décoré un ecosapin de 1m), après avoir contenu son impatience pendant 2 jours interminables (il est déjà arrivé le sapin ? il arrivera demain ? après une fois ou deux fois dodo ?), après l'avoir averti que non, on ne pourra pas avoir toutes les couleurs de boules que notre commune a mises sur ses sapins publics, il n'est rien de plus magique que d'avoir vu ses yeux briller de plaisir à la découverte d'un sapin tout frais, plus grand que Monsieur21 et qui sent bon les fêtes.

[Edit 30.12.2012 : Quelques jours après la publication de mon article, Monsieur21 me pointe sur l'article de la FRC pour choisir un sapin "vert"]

[Edit 10.12.2014

Epilogue bis : petit échange avec le directeur d'ecosapin

Envoyé: Mardi 7 Janvier 2014

Objet: statistiques

Bonjour l'équipe Ecosapin,

J'ai commandé un ecosapin cette année et j'en ai été très contente. Toutefois, je me pose des questions sur la vie des ecosapins.

Nous l'avons sorti sur le balcon dès le 31 décembre afin qu'il n'ait pas trop chaud trop longtemps, mais même posé sur une estrade, il semble avoir eu chaud. Le pot dans lequel est planté l'ecosapin me semble petit pour contenir l'humidité nécessaire à l'arbre.

J'ai eu une discussion avec un ami paysagiste, et il me dit les choses suivantes :

- avec le choc thermique (2-3 semaines) entre les 0-10 degrés de l'extérieur et les 20+ degrés des appartements, il y a peu de chance que l'ecosapin puisse survivre

- il avait commandé des ecosapins pour la commune où il travaille et vous n'êtes jamais revenu les chercher malgré plusieurs prises de contact

Vous indiquez sur votre site que 80% des ecosapins reprennent leur cycle de vie :

Les ecosapins commençant à vous revenir depuis cette semaine, quand pourrez-vous avoir un bilan ? Ou pourriez-vous me donner les pourcentages des retours 2012 transformés en locations 2013 ?

Ma motivation première pour un ecosapin étant qu'il puisse continuer à vivre et être loué les années suivantes, je me pose la question du pourcentage réel d'ecosapins loués qui reviennent chez vous et qui

peuvent être reloués l'année d'après.

Je vous remercie pour vos informations et vous souhaite déjà beaucoup de succès pour 2014.

 

Envoyé: Mercredi 8 janvier 2014

Bonjour Madame21,

En effet nous replantons environ 80% des sapins. les 20% restant sont valorisé en biogaz.

Sur les 80% replanter tous ne sont pas réutilisé l'année suivante, nous en laissons une partie 2 ans en terre afin qu'ils aient le temps de se remettre et qu'ils soit vraiment beau.

Nous travaillons beaucoup avec un grand "éleveur de sapin" à Fribourg et nous avons des sapins en commun, certain sont vendu après plusieurs années en coupé ou si ils ont un peu souffert du chaud en coupé 2ième choix sous une autre marque que Ecosapin.

C'est pourquoi il nous est difficile de présenter un chiffre exacte au vue des centaines de sapins replanté puis revendu.

[...]

J’espère avoir répondu à vos questions et vous souhaite une excellente année 2014.

Meilleures salutations.

Julien Bugnon

Directeur

Voilà une réponse arrivée rapidement qui a le mérite d'être claire !

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Joyeux Noël 2012 !