Promotion de la plus grande centrale solaire de Suisse à l’EPFL

Discours de bienvenue à la séance d'information de Romande Energie
Discours de bienvenue à la séance d'information de Romande Energie pour les blogueurs

La Famille21 a été contactée fin avril 2010 par une agence de communication grâce à nos lecteurs (il n'y en a en réalité peut-être qu'un seul, mais ça ne fait pas de mal d'être mégalo de temps à autre) de Café Vert TV qui nous ont indiqué comme blog digne d'intérêt. Nous avons été invités à une séance d'information sur un projet "top-secret" et nous serons les chanceux a en avoir "l'exclusivité pendant 2 semaines". Incroyable ! Sauf que le sujet avait déjà été traité par la presse traditionnelle en janvier 2009 : la plus grande centrale solaire de Suisse va être construite sur les toits de l'EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne).

Abordée par cette manière, je n'ai pu m'empêcher d'être méfiante et de demander ce que l'EPFL ou Romande Energie qui va exploiter la majeure partie de ce parc photovoltaïque attend de nous, modestes blogueurs romands. Je ne sais pas grand chose de cette démarche promotionnelle sauf que d'autres blogueurs de la région ont été conviés. Mais le thème du solaire et l'approche originale ayant titillé ma curiosité, je me suis décidée à y participer. Bon, j'avoue que l'existence d'un bus qui me mène en moins de 10 minutes sur site y est pour quelque chose, paresse et temps précieux obliges.

Séance de comm' pour blogueurs

Comme la Famille21 est locataire dans un appartement et que nous sommes de parfaits néophytes dans le domaine, j'ai demandé à un Ami21 qui a fait installer des cellules photovoltaïques sur le toit de sa maison récemment de m'accompagner en tant qu'expert "effronté": à comprendre qu'il sait de quoi il parle, il ose poser des questions pertinentes et ne pas lâcher le morceau si la réponse n'est pas satisfaisante.

Visite des installations de cellules photovoltaïques sur les toits de l'EPFL
Visite des installations de cellules photovoltaïques sur les toits de l'EPFL

Avant que je ne parte pour l'EPFL, Monsieur21 me demande si je savais qui étaient les autres blogueurs invités. Je lui réponds dans une boutade que je n'espère pas me retrouver toute seule face à une armada de marketeux et communiqueux de Romande Energie (RE). La réalité n'était pas loin : nous étions 4-5 blogueurs pour  une dizaine d'intervenants (orateur ou organisateur de la rencontre). Cette séance d'information a dû coûter bonbon !

Nous avons été accueillis fort aimablement par RE et après une explication de leur démarche stratégique en marketing (pourquoi ont-ils voulu communiquer leur projet de centrale solaire à des blogueurs d'abord, puis par des voies traditionnelles ensuite), nous avons assisté :

  • à une brève présentation du projet de la centrale,
  • à une explication de la technologie des couches minces (fort intéressante, par le jeune docteur Sylvain Nicolay qui nous promet du photovoltaïque concurrentiel pour bientôt et travaille activement au niveau politique pour démystifier le solaire),
  • à une visite des installations sur les toits,
  • puis finalement au déballage du produit de RE moncarrésolaire.

Comme ce blog évite de faire de la publicité pour des raisons que nous avons déjà étayées, je ne vais pas m'étendre sur le projet de la centrale car il a déjà été couvert par des professionnels qui écrivent bien mieux que moi. De plus, j'ai déjà fait indirectement de la publicité pour RE dans mon article consacré à l'électricité verte. Je voudrais donc approfondir deux sujets qui me laissent toujours perplexe :

  1. le discours de RE sur le libre choix du consommateur d'opter pour une électricité verte ou non et leur décision délibérée de ne pas imposer d'électricité verte à tous ;
  2. leur nouveau produit moncarrésolaire.
Tableau comparatif tarifs d'électricité
Tableau comparatif tarifs d'électricité

Romande Energie n'impose pas d'électricité verte

Je reste sceptique sur l'argumentation de RE pour ne pas produire plus d'électricité "propre". En effet, comme je l'ai mentionné dans un courrier à RE, les SIG (Services Industriels de Genève) réussissent à faire 90% d'électricité verte, or les SIG ne sont pas au bout du monde, mais juste au bout du lac ! Et je n'ai pas l'impression que cela gêne beaucoup de Genevois d'être condamnés à consommer de l'électricité verte. Je ne sais combien coûte un kWh genevois par rapport à un kWh vaudois, mais selon cette étude du magazine Bilan, les Morgiens chez RE paient plus cher que les Genevois chez SIG (voir le tableau ci-contre).

Il y a certainement de bonnes raisons derrière cette décharge de responsabilité sur le consommateur chez RE, raisons politiques ou économiques certainement... Quoique pour ce qui est des raisons économiques, RE ne manque pas d'idées pour dévier une partie de ses frais d'investissement sur le client final, à l'instar de moncarrésolaire.

moncarrésolaire

moncarrésolaire est un concept assez génial sur lequel l'assemblée réunie à l'EPFL a longuement discuté pour cause d'incompréhension. Tout d'abord, RE nous présente la chose comme une opportunité à tout un chacun, qu'il soit locataire dans un appartement, Rom sur les routes ou Eskimo dans son igloo, de pouvoir devenir producteur d'énergie solaire en louant le nombre de m2 de panneaux solaires que l'on veut sur les toits de l'EPFL. Une interface ludique vous permet de cliquer sur les carrés représentant les panneaux disposés sur les toits pour réserver vos places tel le spectacteur de Cyrano qui réserverait son siège au théâtre. Les places se louent à l'année pour 6.50 CHF par mois et par m2, et on table sur une production de 150 kWh/an.

Producteur engagé mais sans revenu

Tout ceci semble fabuleux car RE nous assène que ce système nous simplifie la vie, toutes les démarches administratives et la construction ayant déjà été entreprises, il nous suffit de quelques clics pour devenir producteur d'une énergie verte. Où est le hic ? Et bien, c'est dans la confusion de la notion de "producteur" : en effet, pour ramener à un domaine plus concret, moncarrésolaire, ça pourrait s'appeler moncarrébio. RE vous proposerait de louer une surface agricole à l'année, de faire pousser des patates bio, vous remet un certificat comme quoi vous êtes producteur de patates bio, vous met à disposition un site avec une webcam vous montrant les beaux plants de patates bio qui sont en train de pousser, mais le revenu de la vente de ces patates tombera non pas dans votre poche mais dans celle de RE !

Pas d'impact sur la facture d'électricité

Alors bien sûr, vous contribuez à ce qu'il y ait plus de patates bio dans l'ensemble de la production suisse. Il n'empêche que votre facture d'électricité restera totalement identique que vous ayez participé ou non à moncarrésolaire car vos patates bio ont rejoint leurs consoeurs dans la grande purée qu'est le réseau électrique romand, et aucune déduction ne vous est faite sur votre consommation. Dans les avantages pour les participants à moncarrésolaire, il est indiqué que l'énergie produite sera 40% moins chère que les autres offres solaires classiques. C'est fantastique, mais on ne comprend pas très bien qui profitera de cette électricité moins chère.

Une autre solution : sun-power

Personnellement, je pencherai plutôt pour la solution proposée par sun-power : non seulement, il s'agit d'une association à but non lucratif, mais en plus, si les centrales solaires produisent assez, vous obtenez un bonus qui peut amortir votre abonnement, voire vous procurer un bénéfice... Pour parodier Cyrano, je dirais : au moins, à la fin de l'année, je touche !