Bio, local, équitable : choisir en connaissant ces labels

Avec la pléthore de labels parant les denrées alimentaires de nos étals suisses, je me sens souvent déconcertée de ne pas savoir que choisir lors de mes courses. C'est déjà un casse-tête quotidien que de déterminer le menu familial, le choix des ingrédients et leur qualité rajoute une couche de complexité qui décourage même les plus preux héros ordinaires (tel Monsieur21 par ex.). Pour épicer la chose, PetitFrère21 m'a rapporté le cas d'un ami qui était choqué de trouver des traces de pesticides dans sa laitue bio (c'était peut-être une patate ? ou une courgette molle, peu importe).

Bio Bourgeon, Migros Bio et Suisse garantiePour les fruits et légumes ou les produits bruts, c'est "facile" de s'en sortir avec le marché ou le paysan du coin qui fait de la vente directe ou encore les nombreuses coopératives de paniers de légumes locaux. Mais pour les produits transformés ?

Pour éclaircir les choses, voici quelques faits :

  • ce n'est pas parce que c'est bio que c'est sain, des chips bio restent malgré tout un aliment très gras
  • ce n'est pas parce que c'est bio que c'est exempt d'éléments "chimiques" (produits à base de cuivre par ex.), car une liste d'intrants (pesticides et engrais) autorisés est définie mais en sont exclus les produits de synthèse
  • ce n'est pas parce que c'est équitable que c'est sans traitement chimique, par ex. des bananes Max Haavelar peuvent très bien avoir été massivement traitées
  • ce n'est pas parce qu'il y a une petite croix blanche sur fond rouge que le produit est à base de matières premières 100% suisses ET est fabriqué/conditionné en Suisse

Alors ? Comment choisir ?

Heureusement pour nous, la FRC et le WWF ont évalué les différents labels et nous ont mâché la tâche en publiant un classement des plus crédibles aux plus folkloriques (très intéressant de zieuter le détail de l'évaluation pour chacun des labels - il faut cliquer sur le label, par ex. Bio Suisse est tout juste bon pour ce qui est du bien-être des animaux).

Pour notre part, nous achetons dans l'ordre suivant :

  • bio et suisse
  • suisse et de saison
  • bio européen
  • équitable
  • rien de tout ça, car quand on a une fringale de sucre et de chocolat en fin de soirée, on prend ce qu'il y a de disponible à la prochaine station service

Qu'est-ce qui nous pousserait à acheter dans une de ces catégories plutôt qu'une autre ? La disponibilité du produit, les besoins, l'humeur, le prix, et plein d'autres facteurs pas forcément rationnels.

Suisse, tout simplement !

A vrai dire, au vu de la qualité des produits suisses (non, je ne suis pas patriotique, je constate seulement), nous achetons souvent des denrées alimentaires locales avec le label IP-Suisse ou Suisse Garantie. Label Suisse Garantie

Voici un petit extrait de la foire aux questions de Suisse Garantie.

Les produits portant le label SUISSE GARANTIE doivent provenir d’exploitations respectant les directives PER signifiant : prestations écologiques requises. Les PER suisses, uniques au niveau mondial, considèrent le système écologique et les exploitations agricoles comme un tout. Elles comprennent les points suivants:

  • garde respectueuse des animaux
  • bilan de fumure équilibré
  • analyse régulière des sols
  • part équitable des surfaces de compensation écologique (haies, prairies, etc.)
  • rotation des cultures réglementée
  • relevés et contrôles obligatoires

La production respectueuse de l’environnement est aujourd’hui de règle en Suisse. Elle est une condition préalable à l’obtention des paiements directs de la Confédération. Plus de 98 pour cent des exploitations respectent les exigences des PER.

Ma question : mais qui c'est les 2% d'exploitants qui ne veulent pas des subventions de la Conf' ???

Ma réponse : ben euh, ceux qui n'avaient pas envie de lire les détails des spécifications PER... mais les apprentis agriculteurs les plus téméraires peuvent se baser sur un résumé des PER pour s'en sortir.

Bio, c'est mieux pour éviter l'effet cocktail

Ben voui, si votre porte-monnaie le permet, acheter bio, c'est mieux pour éviter l'effet cocktail des pesticides. Une émission d'ABE a traité ce sujet ce printemps (oui, j'ai commencé la rédaction de cet article ce printemps...) : je reste interloquée que cet effet n'a pas encore été étudié sérieusement. Sans déc, on est en 2011, non ? Selon Wikipedia, cela ferait plus de 80 ans que les pesticides de synthèse sont connus et utilisés dans l'agriculture.

Un petit extrait choc en guise de teaser (aguichage en bon français) :

La majorité des doses de résidus relevées dans l’enquête étaient certes en-dessous des valeurs limites maximales admises. Mais le problème n’est pas seulement là, comme nous le rappelle François Veillerette : « Ce qui nous interroge, ce sont les effets de ces cocktails-là à long terme, dans 5, 15 ou 20 ans.»

Jusqu’à présent, aucune autorité de surveillance n’a jamais analysé cet effet multiple chez l’homme. C’est sur la base d’études menées sur des rats de laboratoire, pour chaque pesticide séparément, que les limites maximales de résidus admises ont été fixées.

Aujourd’hui, enfin, une première étude a testé sur des cellules humaines l’effet cocktail des résidus de pesticides. Cette étude, en passe d’être publiée, dresse un constat alarmant.

Selon Claude Reiss, ex-directeur de recherche au CNRS et à l’Institut Jacques Monod l'effet cocktail démultiplie les effets toxiques de ces produits chimiques: «Vous avez une synergie entre ces pesticides qui fait qu’ils sont jusqu’à 100 x plus toxiques en mélange que pris de manière isolée.»

Miam !

Madame21

Maman21, entrepreneure associative, citoyenne engagée, optimiste irréductible.

Commentaires

  • Cool, je découvre ce blog sympa merci pour l'article, je me retrouve dans les choix!

    Juste un truc à propos des traces de pesticides dans la laitue bio,ça peut venir du fait que les pesticides se dispersent dans l'environnement et les champs bio sont proches de champs cultivés de manière plus traditionnelle, non? Après, plus le bio se diffuse, moins il y aura des pesticides en circulation...

    • Giuliana, bienvenue sur ce blog (qui renaît un peu après une période de léthargie, les commentaires de nos lectrices et lecteurs sont donc encore plus appréciés - car j'ai moins l'impression d'écrire pour des prunes, ou des laitues, même bio) !

      Au sujet de la contamination, les causes peuvent être diverses.
      Bio Suisse a rédigé un article très intéressant "Les résidus – une question sensible" à ce propos dans son magazine.
      L'émission ABE dédié une émission récente (19.07.2011) aux produits bio et aborde également la question des traces de pesticides.

      Je ne vais pas me substituer à ces sources professionnelles, toutefois, en résumé pour les traces, oui, ça peut venir d'un champ voisin. Mais après m'être renseignée auprès d'un agriculteur bio de la région, il affirme : "Bio Suisse nous impose de laisser des bandes tampon de terrain non cultivé entre un champs Bio est un terrain non Bio."
      Il souligne en plus : "Normalement il ne devrait pas y avoir de traces de produits non bio dans les fruits et légumes bio.
      Toutefois il est possible qu'il reste certaines traces car certains produits sont encore présents dans le sol mais ceci ne dépasse jamais la tolérance minimale requise pour avoir la certification Bio.
      Pour éviter au maximum les traces de produits non bio nous sommes soumis aux règlent imposées par Bio Suisse afin de garder notre certification Bio Bourgeon.
      Celles-ci requiert notamment de faire des analyses fréquentes de chaque produit afin de détecter d'éventuelles traces. [...]"

      Si je ne me trompe pas, avant de pouvoir obtenir la certification Bio, il faut qu'un champ ne soit pas du tout traité au moins pendant 2 ans, mais peut-être que tous les pesticides ne disparaissent pas entièrement après 2 ans. Ensuite, il faudrait isoler toute la chaîne du producteur au consommateur : le transport, l'entreposage, le conditionnement etc. car à chaque étape, il y a des risques de contamination avec les produits non bio.

  • Ah ah, tu me fais rire "ce n'est pas parce que c'est bio que c'est sain, des chips bio restent malgré tout un aliment très gras"... Ca me fait penser à une ex-collègue, qui disait toujours qu'au petit resto où on mangeait parfois, il y avait une pizza "régime". Ca légitimait son choix d'un bon dessert à la fin du repas :o).

    Merci pour ton post, notamment la classification des labels. Je suis trop confiante (ou trop flemme), moi, et j'avoue que dès que ça a l'air bio, avec un stampel suisse, je ferme les yeux. Mais il semble que certains labels soient bien plus sérieux que les autres. Allez, promis, je vais zieuter les liens que tu nous donnes...

    Bonne continuation

    • Une pizza régime ?! Mais où se trouve cette pizzeria merveilleuse ?
      Mais pas de quoi pour cet article. Ca faisait longtemps que je voulais le publier, une chose de moins sur ma to-do list 🙂

  • Bonjour,

    Nous avons le même problème en France - les labels se suivent et ne se ressemblent pas !!

    Pour le choix des aliments, j'utilise quasiment le même processus à ceci près que je ne peux plus manger de chocolat non équitable après avoir vu un reportage sur internet (sur la télévision suisse-romande d'ailleurs - j'ai mis le lien sur mon blog).

    J'ai assisté à une conférence de Marie-Monique Robin qui portait sur son livre (et son film) intitulé "Notre poison quotidien" - peut-être l'avez-vous lu (ou vu) ? Sinon, je vous le conseille vivement.

    Bonne journée à toute la famille (^_^)

  • Bonjour Marie, merci pour ces remarques fort intéressantes !

    Il est vrai que c'est toujours édifiant de voir des reportages sur la fabrication ou la production en amont des aliments qu'on consomme, mais si on veut être cohérent de bout en bout, on renoncerait à tous les produits transformés non labellisés car ils utilisent d'une manière ou d'une autre des oeufs (conditions de vie des poules pondeuses ?), de la graisse végétale (assimilation des pesticides par les agriculteurs ?), et tout autre composant qui peut causer du tort à un être vivant dans le processus de transformation...

    Et comme je l'indique dans mon article, il y a des labels qui ont des exigences plus hautes que d'autres... au consommateur de faire le bon choix !

    A propos de Notre poison quotidien, euh non, pas vu, déjà entendu. Il est sur ma to-view list avec notamment Nos enfants nous accuseront 🙂

  • Quand je lis tes articles sur le Bio et autres. Cela ne fait que renforcer ma conviction que quand on peut mieux vaut avoir son propre jardin. Le mien est passé de 3 bacs sur le balcons à 150m2. Et je congèle les légumes et les fruits pour l'hiver. Comme cela je suis commerce équitable, bio total.

    Pour la viande j'ai pas trouvé le truc. Car les lapins et les poules finissent morts de vieilesse et la vache est restée chez le paysan....donc on a que du lait, du fromage et des oeufs mais pas de viande.

    Continue ton blog est "chouette"

    • Merci pour ce témoignage Elfy. Personnellement, j'aimerais bien un jardin de 150m2 aussi, voire même de 15m2, mais comme on habite au 2e étage d'un immeuble, on se contente de bacs d'herbes aromatiques. Pour la viande, beaucoup de gens vantent l'achat d'un demi ou quart de boeuf à acheter chez le paysan de confiance le plus proche et à congeler (le boeuf, pas le paysan). Il faut donc investir dans un bahut à mettre à la cave ou dans un endroit frais.
      Pour le chocolat, effectivement, ça devient compliqué d'en fabriquer soi-même, et puis, le cacao viendra toujours de l'autre bout du monde, mais en bateau, ça n'est pas tant énergivore que ça je crois. Y a des plaques labellisées bio et équitable, sont chères, mais en même temps, ce n'est pas un aliment qu'on consomme tous les jours non plus.
      Merci pour l'encouragement pour le blog, ça me motive à poursuivre !

      • il existe des techniques pour faire pousser pleins de légumes sur un balcon dans des simples bacs et ca poussent très bien (sauf si on habite orientation nord). Ainsi salades, haricots et tomates ou fraises sont tous à fait possible. J'ai moi meme été très étonnée du rendement possible. Essayez, c'est super marrant et meme les enfants peuvent participer et adore cueillir une fois les légumes mures.

  • Pour les sucreries et autres je fais le max moi meme avec des matières premières de la régions.

    Une fous qu'on a les recettes et ses sources d'pprovisionnement c'est vite fait.

    Pour les bonbons je fais des pates de fruits.

    Pour le chocolat, là désolée j'ai pas encore de solution. J'ai bien des recettes de pate à tartiner naturelle mais pas le choc.

  • Au cas ou dans le livre suivant il y a de bon conseils pour un jardin en balcon : J'ai du pot d'avoir un balcon de Roland Motte - éditions rustica.

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