Le bio ne serait pas « meilleur » que l’agriculture conventionnelle ?

Suite à la publication d'une étude anglaise au début de l'été mettant en doute l'apport du bio par rapport à la culture standard, la polémique ne cesse d'enfler dans la presse. Un ami21 m'avaient déjà asséné lors d'un repas un navrant "j'ai lu ça l'autre jour, ça a été prouvé, bio, pas bio c'est pareil" et voilà que c'est Mamie21 qui cette semaine me découpe un article du journal 24heures: "Produits bio, la vérité qui dérange". Affolé que les raccourcis de la presse influencent à ce point mon entourage, je rédige cette article pour y apporter ma réponse.

Une étude critiquée

Bio suisse
Bio suisse

L'étude est une méta-étude qui a passé en revue 52,471 articles publiés durant les 50 dernières années. Elle en a extrait 162 études et sur ces 162 études, elle n'en a retenu que 55 "satisfaisantes". C'est donc sur l'analyse de ces 55 études choisies qu'elle a pu conclure: "Il n'y a pas de preuve d'une quelconque différence dans la qualité des nutriments entre nourriture bio et nourriture produite de manière conventionnelle".

Les critiques ont fusé aussitôt sur la partialité et les méthodes de cette étude. Voilà les principales:

-  Sur la base des 162 études préalablement sélectionnées, les produits bio sont plus riches en de nombreux nutriments alors que sur la base des 55 choisies, ces avantages disparaissent presque tous. Les avantages notables pour le bio qui ressortaient quand même de ces 55 études ont ensuite été simplement qualifiés de "pas importants".

- L'étude n'inclut ni les résultats d'une autre méta-étude très similaire mais aux résultats bien différents, ni les résultats d'une étude d'importance menée depuis 5 ans par l'union européenne (avec un budget de 18 millions d'euros ) qui présente elle aussi des résultats très favorables au bio.

- Il n'a été tenu compte que de l'apport de certains nutriments et le facteur "pesticide" a totalement été écarté de l'étude.

Article du 24 Heures : Le bio n'est pas meilleur
Article du 24 Heures : Le bio n'est pas meilleur

Le rôle de la presse

Sur ce sujet, la presse n'a pas été à la hauteur. Trop de simplifications pour faire des titres accrocheurs, trop d'élusions pour ne pas perdre le lecteur et trop de raccourcis pour tenir dans la mise en page: "Le bio n'est pas meilleur", "Le bio: pas plus sain", "Produits bio, la vérité qui dérange". Le conditionnel n'apparait jamais dans le titre et parfois même pas dans les articles. Pourtant années après années, des études se succèdent en prouvant l'intérêt de la culture bio sur la nature et la santé. Mais lorsqu'une étude vient à dire le contraire, elle est accueillie comme une révolution, comme LA vérité à communiquer. Certes, c'est un scoop, certes le titre est plus  accrocheur ainsi mais le message est alors faux et les manchettes menteuses.

Une étude parmi d'autres sélectionne certains rapports parmi d'autres pour mesurer certains nutriments parmi d'autres avant de conclure "il y a des différences mais ignorons-les". Et la presse s'en empare avec précipitation pour titrer: "le bio n'est pas plus sain". Misère mais que de raccourcis !

Au delà du produit et de ses qualités: le message.

En suisse, les normes d'agriculture sont bien plus exigeantes que dans d'autres pays producteurs qu'on retrouve sur nos étalages. Les "prestations écologiques requises" définissent des normes  écologiques de développement durable que la quasi totalité des producteurs suisses suivent. On peut donc s'attendre à une agriculture suisse non-bio de qualité. La différence entre bio et pas bio en est moins importante ici qu'en Amérique par exemple. Malgré cela, consommer bio reste à mes yeux important car le plébiscite du bio passe un message aux producteurs, aux chercheurs et aux élus: "On veut une agriculture plus respectueuse et plus authentique. Cessez de chercher des solutions aux problèmes de production (rendement, maladie, pollution, etc..) dans l'industrie chimique mais dans des solutions "naturelles" et légiférer pour des restrictions quant aux toxiques utilisés ".

Les leçons du passé et le principe de précaution

Avant Henri Becquerel, l'uranium était un caillou comme les autres. Avant 1950, la fumée de tabac était une volute comme une autre. Avant 1994 les farines animales étaient de la nourriture pour bêtes comme les autres. Avant 1996, l'amiante était un matériau de construction comme un autre. Et aujourd'hui,  on vient nous dire: "La culture aux engrais et pesticides est une culture comme les autres". Alors que l'on suspecte les pesticides de contenir des perturbateurs endocriniens et que la simple raison nous fait tout de même questionner: "N'est ce pas pas dangereux de mettre sur notre nourriture des produits mortels pour les insectes et les plantes qui ont été développés aux cours de recherche sur les armes chimiques ?". La réponse de la science aujourd'hui est "Ça n'a pas été prouvé que c'est toxique". Consommer du bio revient à appliquer le principe de précaution et d'attendre la vrai réponse satisfaisante: "Ça a été prouvé que ce n'est pas toxique".

Le bio EST meilleur que le non bio

Hormis les qualités nutritionnelles mises en cause dans cette étude, que ce soit sur le critère de pollution, le respect de principe de précaution, le rapport à la nature et à la nourriture et le message qu'il fait passer, le bio EST meilleur que le non bio.

Ensuite évidemment viennent s'ajouter d'autres critères de bon sens comme la nourriture local (Je préfère les pommes locales non-bio aux pommes de Nouvelle Zélande bio), les règles de nutrition (5 pommes non bio sont préférables à 5 paquets de biscuits bio) et les règles sociales (Je préfère un souper entre amis au resto non bio qu'un repas bio tout seul devant la télé) mais cela sort du cadre d'une comparaison bio/pas bio.

Je termine avec un passage d'un article de Marianne2 qui m'a fait sourire au sujet de ce fameux rapport:

Que dit le fameux rapport ? Tout simplement que les aliments bio ne présentent aucun avantage nutritionnel par rapport aux aliments issus de l’agriculture « conventionnelle ». Tout à fait vrai, même si l’argument est aussi stupide que de dire, par exemple, que les voitures avec freins ne présentent aucun avantage de carrosserie par rapport aux voitures sans frein. Parfaitement exact, si ce n’est que les unes tuent et pas les autres.

Monsieur21

Papa21 de deux garçons21, fantaisiste, informaticien, bloggeur.

Commentaires

  • Quand j'achète du bio, c'est plus pour l'aspect environnemental que pour l'aspect santé. (même si je ne l'occulte pas). Et l'intérêt, c'est que l'on trouve autre chose dans les aliments bio : moins sucré, moins salés, moins transformés, moins emballés, et aussi du complet...

  • @laciboulette

    Tu as tout a fait raison, Laciboulette, la consommation de produits bio s'inscrit souvent dans une démarche plus large de diminution de la pollution et de recherche d'une alimentation saine, équilibrée et variée. Et c'est tant mieux ! En fait, crois tu qu'il y aie des gens qui consomme bio pour l'unique aspect santé ?

    @boubou

    Merci l'ami !

  • En effet, les médias ont pris de sacrés raccourcis sur ce coup-là... Mon principal dilemme reste: bio étranger ou non-bio local??? Pourquoi faut-il choisir entre santé et écologie...

    • Fort heureusement, dans bien des cas, santé et écologie vont de pair. Quant à choisir entre bio étranger ou pas-bio local, je choisi le pas bio local. Consommer local me parait une priorité.

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